Revue de presse Afrique - À la Une: le Tchad retire une partie de ses troupes au Sahel

Podcast de l'émission Revue de presse AfriquePar RFI

Podcast mis en ligne le 00:04:09
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Le Tchad a annoncé, samedi, avoir divisé par deux ses effectifs déployés en février dernier au sein de la force anti-djihadiste du G5 Sahel dans la zone dite des trois frontières, aux confins du Mali, du Niger et du Burkina Faso. « Il s’agit d’un redéploiement stratégique pour s’adapter au mieux à l’organisation des terroristes », a affirmé un porte-parole du gouvernement, cité par Le Monde Afrique. « Il faut avoir une force mobile, d’où le retrait de certaines de nos forces avec les armes lourdes », a-t-il ajouté. Avant de conclure : « Notre volonté politique de faire face aux djihadistes reste intacte. » Il n’empêche, la presse sous-régionale s’interroge et parfois même s’inquiète après l’annonce de ce retrait partiel, d’autant que les actions meurtrières contre les populations civiles et les forces armées locales ne baissent pas d’intensité. « Au moins 95 civils et militaires tués la semaine dernière au Sahel », rapporte le site de la radio Studio Tamani. « Le bilan de l’embuscade contre un convoi de l’armée jeudi dernier à Boni dans le centre du Mali a été revu à la hausse. Il est désormais de 15 morts et plusieurs blessés. La veille, 80 personnes civiles et militaires ont été tuées lors d’une attaque djihadiste contre un convoi militaire au Burkina Faso. » Bruits de bottes aux frontières du Tchad ? Alors, au-delà des explications officielles, pourquoi ce retrait tchadien ? « Derrière ce redéploiement "stratégique" se cachent des motivations de sécurité intérieure, croit savoir Le Pays au Burkina Faso. En effet, d’après certains observateurs, ce sont les bruits de bottes aux frontières du Tchad avec la Libye et la Centrafrique, qui expliqueraient ce retour des 600 soldats au pays. À cela, s’ajouteraient des impératifs liés à la lutte contre Boko Haram dans le bassin du lac Tchad. Pour d’autres observateurs, poursuit Le Pays, ce retrait a été rendu obligatoire parce que le Tchad, en raison de la crise économique qui frappe le pays, n’est plus en mesure de faire face aux dépenses liées à la prise en charge de l’ensemble des 1 200 soldats déployés. De ce fait, il fallait donc dégraisser le mammouth (…). » L’occasion de booster les armées nationales et le G5 Sahel « Ce retrait est quand-même un coup dur pour le G5 Sahel, qui peine toujours à être pleinement opérationnel », soupire Sahel Tribune. « Décidément, les nouvelles ne sont pas bonnes, insiste L’Observateur Paalga. Ce départ intervient après la suspension de la coopération militaire de la France avec le Mali et l’annonce du retrait progressif de la force française Barkhane. (…) Mais il faut le dire : les différents départs de troupes étrangères, notamment de notre zone, nous mettent devant notre réalité. Les forces d’intervention n’ayant pas pour vocation de s’éterniser dans une zone en conflit, il nous appartient de prendre à bras-le-corps la lutte contre le terrorisme, parce que nous sommes les premiers concernés, affirme le quotidien ouagalais. Nous avons donc intérêt à revoir notre politique sécuritaire et à nous assumer pleinement. » En effet, renchérit WakatSéra, « il urge pour le G5 Sahel et toutes ces armées nationales engagées dans la lutte contre le terrorisme de réactualiser leur logiciel de stratégies, par rapport à ces nouvelles donnes, que sont le retrait des 600 soldats tchadiens de la zone des trois frontières et le départ annoncé de la Force française Barkhane. C’est plus que jamais l’occasion pour chaque pays de penser sérieusement à assumer la défense de son territoire et de ses populations, domaine éminemment de souveraineté nationale. » Plus de moyens aériens ! Et il faudrait que le G5 Sahel, pour être plus efficace, se dote de moyens aériens, pointe le quotidien Aujourd’hui, toujours à Ouagadougou : « L’achat de drones et d’aéronefs s’avère des nécessités vitales et on pourra débusquer ainsi les assaillants. Car les déplacements bruyants de plusieurs centaines de terroristes sur des motos, qu’on ne repère jamais, intrigue énormément et le renseignement par les airs pourrait être très précieux. Enfin, les soldats sahéliens sont aguerris, et au fil du temps, ils devraient attaquer les terroristes depuis leurs bases et ne plus attendre pour riposter. Les départs de Barkhane et des 600 Tchadiens sont certes préjudiciables, mais, conclut Aujourd’hui, peut-être qu’à quelque chose, malheur est bon. »
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