Invité Afrique - Congo Hold-up: les réponses du chef des services de l'Inspection générale des finances

Podcast de l'émission Invité AfriquePar RFI

Podcast mis en ligne le 00:12:31
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À propos

Dans notre enquête sur les détournements de fonds publics en RD Congo, voici un témoignage important sur place, à Kinshasa. C'est celui de l'Inspection générale des finances, l'IGF. Il se trouve en effet que, comme le consortium Congo Hold-up, l'IGF a enquêté cette année sur l'un des principaux volets de cette affaire : les 43 millions de dollars sortis en 2013 de la Banque centrale du Congo. Sont-ils allés jusqu'à la société Egal, comme l'affirme notre enquête ? Ou se sont-ils arrêtés en route à la banque BGFI, comme le disait jusqu'à présent l'IGF ? Jules Alingete, le chef des services de l'IGF, répond à Christophe Boisbouvier. RFI : Quelle appréciation portez-vous sur l’enquête concernant les détournements de fonds publics dans votre pays, l’enquête Congo Hold-up ? Jules Alingete : Je ne peux que prendre les choses du bon côté. Cela me permet de faire avancer notre combat dans l’éradication du mal dans les finances publiques congolaises. Donc pour moi, je pense que c’est positif. Maintenant que vous avez lu attentivement cette enquête menée notamment par Sonia Rolley de RFI et par Yann Philippin de Mediapart, les bénéficiaires de ce détournement de quarante-trois millions de dollars sont notamment les propriétaires de la société d’importation de viande et de poisson « Egal », qui est liée au premier cercle de l’ancien président Kabila. Qu’est-ce que vous en pensez ? Il est vrai que, quand nous avons commencé les investigations, cette société était dans le viseur de l’Inspection générale des finances. Je pense que le nom « Egal » est lié à ce dossier du début jusqu’à la fin. Et même, quand nous avons travaillé, nous avons retrouvé les traces d’« Egal », sauf qu’il manquait des documents et la banque [la BGFI de Kinshasa] nous a pris de court en acceptant la responsabilité. C’est pour cela que nous étions obligés de pointer la banque comme responsable et de mettre « Egal » hors de cause, faute de documents probants, parce que c’est la production de preuves qui importe. Cet argent, comme vous l’avez dit, venait de la Banque centrale du Congo, qui était dirigée à l’époque par Deogratias Mutombo. Il a quitté le poste de gouverneur au mois de juillet 2021 et quelques jours plus tard, le Fonds monétaire international a accordé un prêt d’un milliard et demi de dollars à la République démocratique du Congo. Est-ce qu’il y a un lien entre ces deux événements ? Il est vrai, selon certaines indiscrétions, que le Fonds monétaire international ne voulait pas de la présence de monsieur Deogratias Mutombo. Mais ce n’était pas la condition sine qua non. Il y a eu beaucoup d’autres préalables plus importants, que le gouvernement avait remplis et qui ont donné satisfaction. Est-ce que le départ du Conseil d’administration de la Banque centrale du Congo du patron de la Gécamines Albert Yuma a également facilité ce prêt d’un milliard et demi de la part du FMI ? Je pense que c’est la même réponse. Nous pensons que le gouverneur et le conseiller d’administration étaient, pour le Fonds monétaire, des personnes qui devaient être mises hors gestion de la Banque centrale, selon ces indiscrétions, mais il y a beaucoup d’autres préalables économiques qu’il fallait remplir. Madame la ministre de la Justice congolaise vient d’annoncer qu’une instruction va être ouverte au plus vite, pour faire la lumière sur les accusations de détournement de fonds révélées par Congo Hold-up. Qu’est-ce que vous en pensez ? C’est normal. Quand il y a de telles révélations, le gouvernement ne peut qu’instruire la justice d’ouvrir les enquêtes, en se basant sur les éléments mis sur la place publique. C’est vrai que, grâce à votre travail à la tête de l’Inspection générale des finances, il y a maintenant un meilleur contrôle. Mais que répondez-vous à ceux qui disent que c’est insuffisant, que la Cour des comptes ne fait pas son travail, que la Cénaref [la Cellule nationale des renseignements financiers] ne fait pas son travail… Et que demain, dans l’entourage du président actuel, ce même type de pratiques de détournements peut se reproduire ? Le phénomène que vous décriez aujourd’hui, revenir demain, je ne pense pas, parce que le mécanisme que nous avons mis en place est différent de tous ceux qui existaient. La différence, c’est qu’aujourd’hui il n’y a aucune sortie de fonds au compte général du Trésor, sans que nous en soyons informés, ce qui n’était pas le cas avant. Nous avons presque un monitoring, où nous suivons, minute par minute, tout ce qui sort du compte général du Trésor. Nous pouvons aujourd’hui être bien informés de toutes les sorties frauduleuses. Donc je pense qu’il serait difficile que les mêmes opérations se répètent. Et je peux vous garantir que, demain, nous ne tomberons pas dans des scandales de la même proportion que ceux que vous avez eus à découvrir.
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