Invité Afrique - Éruption du Nyiragongo: «Il n'y avait aucun signe pour lancer une alerte générale»

Podcast de l'émission Invité AfriquePar RFI

Podcast mis en ligne le 00:05:32
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Le Premier ministre congolais Sama Lukonde Kyenge a achevé ce lundi une visite de trois jours à Goma, touchée le 22 mai dernier par une éruption volcanique. Huit millions de dollars américains sont nécessaires, selon lui, pour répondre aux besoins urgents des populations touchées qui ont dû évacuer Goma en catastrophe. Le Premier ministre a autorisé le retour progressif de ces populations et promet que des leçons en seront tirées… Il répond aux questions de Patient Ligodi. RFI : Pourquoi l’Observatoire volcanologique de Goma (OVG) n’a pas pu lancer l’alerte avant l’éruption du 22 mai ? Jean-Michel Sama Lukonde Kyenge : Tout d’abord, parce qu’il n’y a pas eu de signes précurseurs qui pouvaient indiquer le besoin de demander à ce qu’il y ait une alerte par rapport à l’éruption volcanique. Et cela a été confirmé aussi par les autres observatoires au niveau international. Mais bien sûr qu’il y avait aussi un problème de fonctionnement auquel nous avons dû palier dès que nous sommes arrivés sur place avec l’équipe gouvernementale. Etes-vous sûr qu’il n’y avait aucun signe avant-coureur ? Généralement, on a des échauffements. On a des tremblements de terre qui préviennent. Mais cette fois-ci, on ne les a pas eus de manière spontanée. C’est vrai aussi que l’OVG, une fois que nous sommes arrivés ici à Goma, a quand même fait des rapports qu’ils voyaient des signes, mais aucun signe qui pouvait permettre de lancer une alerte générale. Et pourquoi avez-vous demandé à 300 000 personnes d’évacuer sans mettre en place des camps d’accueil avec nourriture et soins appropriés ? Étant donné qu’on nous avait alertés, non seulement par l’OVG mais aussi les observatoires des États-Unis et de Belgique, qu’il pouvait y avoir un écoulement de lave à tout moment, nous ne pouvions pas attendre d’établir d’abord des camps pour accueillir et demander à la population d’évacuer. Nous avons choisi de faire une opération simultanée, c’est-à-dire demander à la population d’évacuer, et conjointement, le gouvernement avec les humanitaires se sont retrouvés sur les lieux indiqués pour pouvoir palier au plus pressant. C’était une question d’urgence, une question de responsabilité, une question de vies humaines. À combien évaluez-vous les besoins après l’éruption volcanique ? Nous avons des besoins à plusieurs niveaux. Le premier niveau, c’est le niveau humanitaire et nous le faisons en coordination avec les humanitaires, notamment l’Ocha, l’agence des services humanitaires des Nations unies, le CICR (Comité international de la Croix-Rouge), le PAM (Programme alimentaire mondial), l’Unicef et tant d’autres... Donc, en coordination avec eux, nous, au niveau du gouvernement, nous avons évalué un premier besoin qui se situe à 16 milliards de francs congolais, c’est-à-dire un minimum de 8 millions… De dollars… Plus ou moins 8 millions de dollars. Et cela, c’est pour couvrir les besoins en alimentation urgents, c’est pour couvrir les besoins en médicaments et c’est sans compter l’appui des humanitaires qui vient, notamment avec le PAM et l’Unicef, et aussi tel que je l’ai dit le CICR. Et d’autres évaluations doivent maintenant se faire pour la reconstruction de plus ou moins 3 000 familles qui ont perdu leurs abris. Et là-dessus, nous travaillons avec le génie civil pour avoir des dernières évaluations. Et nous allons continuer ce travail jusqu’à ce que cette crise, qui a commencé, trouve sa fin. Des 8 millions de dollars, combien ont déjà été décaissés ? À peu près la moitié du côté du gouvernement. Et nous continuons à recevoir aussi des aides. Je crois que le plus grand besoin, ce n’est pas ce que nous faisons maintenant de manière urgente, mais le plus grand besoin va se faire dans la redéfinition de l’aménagement du territoire de la ville de Goma. Et c’est là que nous devrons le plus se concentrer, parce qu’il faut prévenir l’avenir, il faut préserver des vies. Où en sommes-nous avec le processus des dégazages du lac Kivu. Peut-on avoir des dates des échéances ? Ici, nous sommes venus avec l‘équipe des experts par rapport au dégazage du lac. Nous avons des points précis, notamment à Kabuno (golfe situé au nord-ouest du lac) où nous devons agir de manière assez pressante, parce que les gaz ne sont pas à une très grande profondeur de la surface. Ce sont des travaux qui devraient être lancés dans les deux semaines qui suivent cette interview. Et nous espérons que, pour la suite, cela veut dire que nous avons des gaz un peu plus en profondeur, nous pouvons établir un planning qui puisse permettre aussi son exploitation. Vous êtes là aussi pour une mission, on va dire, en lien avec la sécurité, donc l’état de siège. Qu’est-ce qui fait qu’il y ait davantage de tueries ? Est-ce que l’état de siège, c’était la décision la plus appropriée par rapport à ces questions de sécurité en lien avec les deux provinces, l’Ituri et Nord-Kivu ? Oui, c’était vraiment la décision à prendre. D’abord, parce qu’elle a été demandée en amont par les populations locales. Comme vous le savez, c’est une guerre asymétrique. Mais en attendant, ces groupes, qui sont acculés, se retranchent dans certains coins où nous n’avons pas encore mené des opérations importantes. Et c’est là que sévissent justement ces crimes. Et nous, nous devons nous assurer que nous puissions maintenir le travail que nous faisons. Nous regrettons et nous déplorons énormément les morts, surtout ceux que nous avons eus la nuit du 30 au 31 mai à Boga. De manière plus précise, nous avons eu 58 morts. C’était l’une des plus grandes pertes que nous ayons eue en une journée. Nous avons transmis des messages de compassion et de condoléances à toutes ces familles. Et nous allons accentuer notre action de ce côté-là de manière à ce que nous puissions diminuer le nombre de meurtres. Et à côté de cela, nous devons beaucoup travailler du point de vue de nos services de nos renseignements pour chaque fois s’assurer que l’on puisse prévenir ce type d’action négative.
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