Web Summit 2025 : L’Afrique face à l’innovation technologique

Intelligence artificielle, vidéo générative, agents autonomes, traduction instantanée… Au Web Summit 2025, j’ai vu se dessiner des transformations qui dépassent largement le seul monde de la technologie. Elles annoncent de nouveaux modèles économiques, de nouvelles manières de travailler, de créer et d’échanger. Avec mon regard d’Européen familier des réalités africaines, une question m’a accompagné tout au long de cette édition : comment faire de cette accélération technologique une véritable opportunité de développement pour l’Afrique ?

Participer au Web Summit, c’est accepter de se confronter, pendant quelques jours, à une concentration assez vertigineuse de ce que la technologie est déjà capable de faire, mais surtout de ce qu’elle pourrait transformer demain. L’édition 2025 n’a pas échappé à cette règle. Intelligence artificielle, vidéo générative, agents autonomes, traduction vocale en temps réel, nouvelles formes de création ou exploitation des données : les conférences auxquelles j’ai assisté dessinent un monde qui évolue à une vitesse impressionnante.

Mais lorsque l’on connaît à la fois les écosystèmes européens et certaines réalités africaines, on ne peut pas écouter ces discussions sans se poser une autre question : quelle place l’Afrique prendra-t-elle dans cette révolution ?

L’Afrique face au risque d’une nouvelle fracture

Une intervention m’a particulièrement marqué. Consacrée à la diffusion de l’intelligence artificielle, elle rappelait que 43 % de la population africaine n’a toujours pas accès à l’électricité. Derrière l’enthousiasme légitime suscité par l’IA demeure donc une réalité fondamentale : avant de parler d’intelligence artificielle pour tous, encore faut-il disposer d’électricité, de connectivité et des compétences permettant de s’en saisir.

Les trois conditions avancées lors de cette conférence – technologie, talent et confiance – me semblent d’ailleurs particulièrement pertinentes lorsqu’on regarde le continent africain. La formation est centrale, tout comme la capacité à construire une IA respectueuse des langues, des cultures, de l’histoire et des réalités locales.

« La véritable question n’est plus de savoir si l’intelligence artificielle va transformer nos économies, mais de savoir qui disposera des moyens d’en tirer parti. »

Ce constat ne doit pourtant pas conduire au pessimisme. Bien au contraire. L’une des grandes forces du Web Summit est précisément de montrer que les ruptures technologiques peuvent redistribuer les cartes. Les outils deviennent plus accessibles, plus puissants et capables de résoudre des problèmes autrefois réservés à des organisations disposant de moyens considérables.

Créer autrement : une révolution qui m’a particulièrement frappé

Parmi les présentations auxquelles j’ai assisté, les avancées de l’IA visuelle m’ont particulièrement impressionné. Moon Valley développe avec Mare un modèle permettant de générer de la vidéo tout en donnant aux professionnels un contrôle précis sur les mouvements des objets, leurs trajectoires, les mouvements de caméra ou encore les arrière-plans. L’entreprise travaille déjà sur un projet plus ambitieux associant vision, robotique et compréhension de la physique.

Pour les industries créatives africaines, ces évolutions sont loin d’être anecdotiques. Elles peuvent progressivement réduire certaines barrières techniques et économiques à la production et offrir de nouvelles possibilités à un continent qui dispose déjà d’un formidable réservoir d’histoires, de cultures et de talents.

Une autre conférence, consacrée à la manière dont la technologie transforme la narration, défendait une idée à laquelle je souscris : l’intelligence artificielle ne doit pas remplacer la créativité humaine, mais l’amplifier. Automatiser le doublage, faciliter certaines étapes de production ou générer des environnements peut permettre aux créateurs de consacrer davantage de temps à ce qui demeure irremplaçable : l’idée, l’émotion et le regard humain.

« Pour les créateurs africains, l’IA peut devenir moins un substitut qu’un formidable accélérateur : produire davantage, franchir certaines barrières techniques et porter leurs histoires plus loin. »

Quand la technologie fait tomber les frontières

La traduction vocale m’a également semblé porteuse de perspectives considérables. DeepL présentait les progrès réalisés vers des conversations traduites en temps réel, avec l’ambition de permettre des échanges professionnels complexes entre personnes ne parlant pas la même langue. La démonstration présentée faisait état d’une latence de l’ordre d’une à deux secondes.

Dans un continent aussi multilingue que l’Afrique, et dans des économies qui doivent pouvoir commercer davantage entre elles comme avec le reste du monde, on mesure facilement ce que la réduction progressive des barrières linguistiques pourrait représenter.

J’y vois l’une des grandes promesses de la technologie : permettre à des entrepreneurs, des créateurs, des chercheurs ou des entreprises d’accéder plus facilement à des marchés, des compétences et des partenaires qui leur étaient auparavant moins accessibles.

Mais le Web Summit 2025 n’a pas été pour moi une célébration naïve de la technologie. Plusieurs discussions ont au contraire insisté sur les limites à poser. Une conférence consacrée à l’intelligence accumulée par les systèmes d’IA a rappelé un principe essentiel : l’IA doit rester le copilote et non devenir le pilote. Les systèmes peuvent analyser, recommander, rédiger ou accélérer la décision, mais l’humain doit conserver le dernier mot. Les questions de consentement, de confidentialité et de propriété des données ont d’ailleurs traversé les échanges.

Ne pas seulement adopter la technologie, mais contribuer à l’inventer

C’est sans doute l’un des principaux enseignements que je retiens pour l’Afrique. Il ne s’agit pas de reproduire toutes les trajectoires technologiques conçues ailleurs, ni de devenir uniquement consommateur de solutions développées sur d’autres continents. Il faut choisir celles qui répondent aux besoins locaux, former les talents, créer les infrastructures nécessaires et faire émerger des solutions pensées à partir des réalités africaines.

Agriculture, santé, éducation, médias, services financiers, industries créatives, administration : dans chacun de ces domaines, la technologie peut devenir un puissant levier d’accélération économique et sociale.

« L’Afrique ne doit pas seulement être un marché de la prochaine révolution technologique. Elle doit devenir l’un de ses territoires d’invention. »

C’est précisément pour cela que des rendez-vous comme le Web Summit comptent. Ils permettent de voir ce qui arrive, de rencontrer ceux qui le construisent, de confronter des visions et surtout de réfléchir à la manière de transformer une innovation mondiale en opportunités locales.

Je suis reparti de cette édition 2025 avec cette conviction renforcée. Cela suppose évidemment des infrastructures, de l’éducation, de l’investissement et des écosystèmes capables de faire émerger leurs propres entreprises technologiques. Mais cela suppose également de multiplier les ponts entre l’Afrique et les grands lieux où s’invente aujourd’hui une partie du futur.

Et c’est aussi ce qui donne envie de revenir au Web Summit. En matière de technologie, douze mois peuvent désormais représenter une éternité. Je serai donc particulièrement heureux de retrouver Lisbonne pour l’édition 2026, de mesurer le chemin parcouru en une année, de découvrir les innovations qui auront émergé et de continuer à observer cette transformation avec la même curiosité et le même enthousiasme.

Avec, toujours, cette question en tête : comment faire en sorte que l’Afrique ne regarde pas le futur se construire, mais contribue pleinement à le construire ?

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